En juin 2011, le département de l’Audiovisuel de la Bibliothèque nationale de France (BnF) a célébré ses 100 ans. Un siècle auparavant, en effet, le linguiste Ferdinand Brunot fondait les Archives de la Parole à Paris. Mais qui est donc Ferdinand Brunot ? En quoi sa contribution à l’étude des langues parlées dans les régions françaises dans les années 1910 est-elle décisive ?

Source gallica.bnf.fr / BnF

Ferdinand Brunot est né en 1860 à Saint-Dié dans les Vosges. Il est issu d’un milieu modeste : son père et son grand-père étaient tourneurs de chaises. C’est dans sa ville natale, entouré de francophones et de germanophones, que naît sa passion pour l’étude des langues. Il termine ses études en 1882 et commence sa carrière d’agrégé de grammaire. Il s’installe en 1899 à Paris et devient le premier professeur d’Histoire de la langue française à la Sorbonne, où il enseignera jusqu’à 1934.

A l’image des Phonogrammarchiv de Vienne, inaugurées en 1899, Brunot fonde, à la Sorbonne, le 3 juin 1911, les Archives de la Parole, premier maillon de l’Institut de Phonétique de l’Université. Leur but, grâce au phonographe récemment inventé, est d’enregistrer, d’étudier et de conserver les témoignages oraux de la langue parlée. Brunot bénéficie du soutien technique de la firme Pathé Frères. Elle a été fondée en 1896 par les frères Charles et Emile Pathé, ce dernier prenant la tête de la branche discographique. Pathé fournit donc le matériel et les disques de 30 centimètres de diamètre nécessaires à l’entreprise.

Brunot va entreprendre trois campagnes d’enregistrement :

  • De juin à juillet 1912, Brunot et son assistant Charles Bruneau font le tour des Ardennes françaises et belges en voiture. Ils visitent 35 villages et reviennent avec 166 enregistrements (témoignages oraux, contes et chansons).
  • En juin 1913, Brunot se rend dans le Berry, sur les traces de l’univers de George Sand. Il collecte 56 enregistrements.
  • Enfin, en août 1913, Brunot se rend dans le Limousin et collecte 72 enregistrements.

Source gallica.bnf.fr / BnF

En parallèle, les Archives de la Parole avaient enregistré les voix de quelques personnalités, comme Emile Durckheim, Alfred Dreyfus ou Guillaume Apollinaire. Le déclenchement de la Première Guerre Mondiale met un terme aux enquêtes de Brunot sur le terrain. La guerre arrête tout et Brunot se consacre à sa difficile tâche de maire du 14e arrondissement de Paris. Le conflit terminé, son intérêt principal fut l’aboutissement de sa monumentale Histoire de la langue française. Les neuf premiers volumes sortirent de son vivant, les deux derniers après sa mort survenue à Paris en 1938.
Son œuvre aux Archives de la Parole est poursuivie par ses successeurs, Jean Poirot et, à partir de 1928, Hubert Pernot dans une nouvelle institution, le Musée de la Parole et du Geste. Ce dernier élargit le champ d’étude en menant des campagnes à l’étranger, en Tchécoslovaquie et en Roumanie notamment. Après 1940, l’institution se fond graduellement dans la nouvelle Phonothèque nationale qui devient, en 1994, le département de l’Audiovisuel de la BnF.
Et c’est ainsi qu’un siècle après la fondation des Archives de la Parole par Ferdinand Brunot, les enregistrements collectés sont aujourd’hui la propriété de la BnF, conservés dans les magasins du site de Tolbiac, numérisés et disponibles à la consultation sur Gallica et, très prochainement, via Europeana Sounds.

par Lionel Michaux, BnF