Monté sur le trône suite au décès de son père Frédéric III en Juin 1888, l’empereur allemand Guillaume II célèbre en 1913, le jubilé de ses 25 ans de règne. Si de nombreuses festivités marquent cet événement, nous allons ici nous pencher sur l’un de ses rares avatars discographiques.

En 1913, l’édition phonographique approche de ses vingt ans. Les premiers disques publiés par Berliner’s Grammophon à la fin du siècle précédent, d’un format de 17 cm de diamètre, ont laissé la place à des formats plus variés (jusqu’à 50 cm de diamètre).

C’est dans ce contexte que la Grammophon allemande publie, sous le label Grammophon Monarch, un disque monoface de 30 cm de diamètre reprenant la ballade traditionnelle « Prinz Eugen, der edle Ritter ». Le titre de l’œuvre est bien évidemment une référence au prince Eugène de Savoie-Carignan, cadet de la Maison de Savoie et petit-neveu de Mazarin, qui, après avoir vu ses offres de service repoussées par Louis XIV, se mit au service de l’Autriche.  L’œuvre fait ici plus spécifiquement référence à la prise de Belgrade par le prince Eugène en 1717, laquelle devait mettre fin à la guerre entre l’Autriche et l’empire Ottoman.

Entrés dans le folklore autrichien, les exploits du prince Eugène firent l’objet de chansons. La plus célèbre est donc « Prinz Eugen, der edle Ritter », à son tour réadaptée par des compositeurs renommés. Ici, il s’agit de la version du compositeur Carl Loewe (1796-1869), auteur d’environ 500 lieder pour voix seule accompagnée au piano. Le Lied allemand est un genre qui est assez peu représenté dans le répertoire discographique de l’époque acoustique (avant 1925) et le présent disque est d’autant plus intéressant qu’il nous permet d’entendre Paul  Knüpfer (1866-1920), une basse renommée du début de siècle. Interprète du rôle d’Ochs lors de la première berlinoise du Chevalier à la rose en 1911, Knüpfer a très peu enregistré et ses disques sont très recherchés.

 

 

 

 

Enfin, il nous faut mentionner l’essentiel, qui fait de ce disque un objet d’art. Le support consiste en un disque, monoface avec le buste du Kaiser reproduit en haut relief sur l’autre face, ne présentant pas de trou central. Il est posé sur une sorte de cuvette métallique, munie d’un trou permettant la pose sur un plateau pour la lecture. Ce système compliqué, mais fort élaboré, reste expérimental. Il peut se comparer à certaines initiatives prises dans le domaine de l’imprimé qui relèvent de la bibliophilie.

Ce document a conservé son conditionnement d’époque, il est en écoute ici.

par Lionel Michaux, Bibliothèque nationale de France.